Recrutement IT : la pénurie de développeurs, mythe ou réalité ?

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Le marché de l’informatique, et spécifiquement la catégorie des développeurs, souffre d’une forte concurrence, et les profils juniors comme expérimentés sont assaillis d’offres et de messages des chasseurs de têtes, et cabinets de recrutement. Existe-t’il réellement une pénurie dans ces métiers ? Faisons le point à ce sujet.

Depuis quelques années, on entend de plus en plus parler d’une pénurie de développeurs, qui concerne de nombreuses industries, poussant les recruteurs à organiser des événements RH de type Datajob dans le domaine de la cyber-sécurité. Ce sentiment a d’abord été véhiculé par les membres des cabinets de conseil en recrutement qui disent subir de plein fouet l’absence de profils recherchés par les entreprises. En effet, développeurs PhP, Java, etc… sont des candidats qui manquent cruellement. Ces derniers temps, de nombreux cabinets ont même dû mettre  la clef sous la porte face à leur incapacité à trouver et  proposer ces profils recherchés par les entreprises.

Pourtant, lorsque l’on regarde de près les chiffres du chômage des informaticiens et des développeurs, on constate que le taux est sensiblement le même que pour le reste de la population. En effet, près de 10% des informaticiens français sont sans emploi. Dans de telles conditions, comment parler de pénurie, quand bien même dans un secteur en pleine progression comme le numérique, près de 10% des effectifs ne trouvent pas d’employeurs ? Indéniablement, il existe un véritable problème sur ce secteur du marché du travail.

Un décrochage entre les qualifications et les demandes

Les cabinets de recrutement et les entreprises sont les premières à se plaindre de cette soi-disant pénurie de main d’oeuvre. Elles avancent diverses explications. Parmi les plus répandues, on trouve notamment la forte croissance du secteur. Depuis la fin des années 90, près de 700 000 emplois ont été créés dans le secteur (Source : INSEE). Il suffit de voir toutes les annonces emploi spécialisées data que nous publions. Tous les ans, la croissance du secteur numérique est l’une des plus fortes. Devant ces évolutions, la France ne serait pas prête : la formation n’est pas suffisante pour faire face à la demande. La manne rendue possible par Internet a été très largement sous-estimée par les différents gouvernements qui se sont succédés : personne n’a anticipé une telle évolution, et personne n’a donc tenté de modifier le système scolaire en profondeur pour qu’il puisse y faire face.

Cet argument, pourtant, semble peu recevable : en effet, tous les ans, un très grand nombre de jeunes sort de BTS, d’écoles d’ingénieurs, avec des compétences de développeurs. D’années en années, ce nombre grossit. Pourtant, le décalage ne se résout pas. N’y a t-il pas la une vraie question à poser aux entreprises ? Celles-ci regrettant en effet de ne pas pouvoir recruter. En réalité, le problème n’est pas là : qu’il s’agisse des cabinets RH ou des entreprises, elles plébiscitent le recrutement de profils ingés avec une expérience significative. Cependant, pour permettre à ces ingénieurs de gagner en compétences, il faut déjà leur donner leur chance à la sortie d’école. Le problème réside dans le fait que les recruteurs refusent en majorité de confier des responsabilités aux profils juniors.

Il existe également un autre problème qui explique ce décalage sur le marché entre offre et demande : elle concerne la reconversion professionnelle des ingénieurs disponibles. En effet, avant l’ère digitale, il existait de nombreux profils ingénieurs partout en France. Mais, selon Stagemploi, ils éprouvent des difficultés aujourd’hui à se vendre dans le secteur des nouvelles technologies. Cela s’explique par un phénomène simple : une lacune dans les formations continues, et surtout une discrimination plus qu’évidente envers les ingénieurs d’une certaine tranche d’âge, qui, passée les 40 ans, n’ont plus la confiance des recurteurs. Ainsi, alors qu’ils seraient tout à fait capables d’aider une entreprise, de nombreux ingénieurs de talent se retrouvent sans emploi, car le wagon du numérique n’a pas été engagé, que ce soit au niveau des entreprises ou de l’état. L’absence de politique de reconversion est ici très largement en cause.

Une pénurie qui a ses explications

Pourtant, la France dispose de très nombreux atouts. Le pays forme depuis des décennies des ingénieurs de qualité. Ce n’est pas pour rien que ceux-ci s’exportent parfaitement, et ce dans le monde entier. Mais si l’on peut aussi parler de pénurie, c’est du fait d’un manque d’attractivité. En France, les développeurs ne se voient pas accorder la place qui devrait être la leur. Ainsi, un développeur de qualité touche, à sa sortie de formation, un salaire annuel compris entre 28 k€ et 35 k€. Quelques années plus tard, à l’aube de la trentaine, il peut péniblement atteindre les 40 k€. Mais la montée s’arrête là : tandis qu’il gagnera en séniorité, son salaire stagnera. Seule solution pour lui, passer dans le management. Ce qui équivaut donc à ne plus faire de développement… Aux Etats-Unis, un bon développeur, à 30 ans, est rémunéré aux alentours de 100 k$. Pas étonnant de constater que le secteur se développe davantage et attire plus outre-atlantique..

Au final, on se rend compte de deux choses : la « pénurie » existe réellement, bien qu’il ne s’agisse pas d’une véritable pénurie, puisque créée et entretenue par des entreprises qui voudraient « avoir le beurre et l’argent du beurre ». Cependant, résoudre ce problème est tout à fait possible : les ingénieurs français sont unanimement salués dans le monde entier comme étant extrêmement compétents. Il suffit de leur faire confiance : une politique volontariste, que ce soit du côté des entreprises (par l’intermédiaire d’une embauche et d’une formation de jeunes talents), ou de celui de l’état (par la mise en place d’un programme de reconversion et de formation continue d’ingénieurs dont les compétences ne peuvent s’exprimer aujourd’hui) devrait permettre de résorber cet écart aberrant entre une pénurie et un chômage de 10%…

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